| LE SOUFISME : UN PATRIMOINE OCCULTÉ |
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Avant toute expérience vécue, la méthode du Tasawwuf est puisée directement dans le Coran et dans l'enseignement du Prophète r : dhikr, prière sur le Prophète et pratique des vertus nobles. Les adversaires du Soufisme, en particulier les orientalistes, ont soutenu l'hypothèse d'une origine non-islamique. Ils avançaient le fait que la doctrine soufie n'est pas apparue, dans les premiers siècles de l'Islam, avec tous les développements qu'elle comportera par la suite. Mais cette remarque prouve le contraire de ce qu'ils veulent démontrer, car les premiers Soufis s'exprimaient avec un langage très proche de celui du Coran, et leur expression concise et synthétique impliquait l'essentiel de la doctrine. Si celle-ci devient, par la suite, plus explicite et plus élaborée, il n'y a là qu'un développement naturel : la littérature augmente, non par l'apport de nouvelles connaissances, mais par la nécessité d'endiguer les erreurs et pour ranimer les intuitions faiblissantes. Nous pouvons remarquer que ce processus a été identique pour la théologie ('ilm al-'aqida), pour la jurisprudence (fiqh), pour la grammaire (nahw) qui se sont enrichies au fil des siècles de nouveaux concepts et de nouvelles façons d'exposer les données de la Révélation. Le grand savant andalou Ibn Khaldûn (733-808 H.) exprime la même idée dans sa Muqqadima: "La Voie des Soufis avait toujours été considérée comme celle de la vérité et de la bonne direction, tant par les Compagnons du Prophète r que leurs disciples immédiats et par leurs successeurs. Elle repose sur la pratique stricte des exercices de piété, de la dévotion exclusive à Dieu, du renoncement aux vanités du monde (…) Tout cela était courant parmi les Compagnons du Prophète et les premiers musulmans. Ensuite, à partir du VIIIème siècle, le goût pour les biens de ce monde augmenta et les gens se tournèrent davantage vers les jouissances terrestres. C'est alors que l'on appela sûfiyya et mutasawwifa les aspirants à la mystique. (…) Les Soufis se sont donc constitués une science particulière, que les autres docteurs en droit canon ne discutent pas. (…) Aussi, les jurisconsultes sont-ils tantôt en accord et tantôt en désaccord avec le soufisme. Mais les arguments et les preuves ne servent à rien, pour savoir s'il faut accepter ou rejeter celui-ci, car la mystique est affaire (avant tout) d'expérience intuitive." (Passages tirés de al-Muqqadimat, traduit en français sous le titre Discours de l'Histoire Universelle) Dans son œuvre majeure, al- I'tisam min al-kutub, l'imam Shatibi (mort en 790) explique ainsi l'origine du nom "tasawwuf": "Leur porte-parole, maître et pilier de leur Voie, Abu al-Qasim al-Qushayri déclara qu'ils avaient reçu le nom de gens du Tasawwuf dans le but de les différencier des gens de l'innovation. Il déclara aussi que les plus honorables musulmans après le Prophète n'ont reçu aucun autre nom que celui de "Compagnons"; car il n'existe aucun mérite plus grand que celui d'avoir été Compagnon. Ensuite ceux qui les ont suivi ont été appelés les Suivants. Après cela, les gens ont divergé et les différences de niveau sont devenues plus apparentes. L'élite parmi ceux qui étaient fermes dans la croyance ont été appelés ascètes (zuhhad) et adorateurs ('ubbad). Plus tard, toutes sortes d'innovation ont fait leur apparition, et l'élite des Ahl al-Sunna qui observait ses obligations avec Allah et qui préservait son cœur de l'insouciance d'une manière exceptionnelle, reçurent le nom de gens du Tasawwuf. Considère bien ceci, tu y gagneras beaucoup pour l'Au-delà. Et Allah est le plus savant." En observant l'histoire de l'islam, nous pouvons nous rendre compte qu'un nombre très important des savants musulmans étaient affiliés au Soufisme : Imam Abu Hanifa (85-150 H.) "Si il n’y a avait pas eu ces deux ans, j’aurais péri. (…) Pendant deux ans, j’ai été le compagnon de Sayyidina Ja’far as-Sadiq et j’ai acquis la science spirituelle qui a fait de moi un Connaissant (’arif) de la Voie." (phrase tirée de Durr al-Mukhtar) Imam Malik (95-179 H.) "Celui qui étudie la jurisprudence (tafaqaha) et n'étudie pas le soufisme (tasawwuf) est un pervers (fasiq); et celui qui étudie le soufisme et n'étudie pas la jurisprudence est un hérétique (zindiq); celui qui allie les deux, atteint la vérité." (Phrase rapporté par le spécialiste du hadith Ahmad Zarruq, par le spécialiste du hadith 'Ali ibn Ahmad al-'Adawi dans le tome 2 de ses œuvres, par al-Hafiz `Ali al-Qari al-Harawi et d'autres) Imam Shafi'i (150-205 H.) "J'ai accompagné les Soufis et j'ai appris d'eux trois sciences: (…) comment parler; comment se comporter avec les gens avec indulgence et avec un cœur doux (…) et ils (…) me guidèrent sur la Voie du Soufisme." (Phrase cité par 'Ijluni dans son Kashf al-Khafa, vol. 1, p. 341) Imam Ahmad Ibn Hanbal (164-241 H.) "Ô mon fils, tu dois t'asseoir avec les Soufis, parce qu'ils sont comme une fontaine de science et ils gardent le souvenir (dhikr) de Dieu dans leur cœur. Ils sont les ascètes et ils ont un pouvoir spirituel très fort." (Phrase cité dans le Tanwir al-Qulub) Imam Ghazzali (450-505 H.) "J'ai su avec certitude que les Soufis sont ceux qui cheminent sur la Voie d'Allah, que leur conduite est la plus parfaite, que leur voie est la plus sûre et la plus droite, et que leur caractère est le plus pur. Je dirais plus: même si l'on additionne l'intelligence des hommes, la sagesse de sages et la science des savants avertis des secrets de la loi religieuse pour pouvoir réformer la conduite des Soufis, ou même l'améliorer, on n'y arriverait pas. Car tout dans leur mouvement ou leur immobilité, extérieurement et intérieurement, est puisé dans la lumière de la Niche (Mishkat) de la Prophétie" (Passage tiré de Al-Munqid min Adhalal, traduit en français sous le titre Erreur et Délivrance) Fakhr ad-Din ar-Razi (544-606 H.) "La Voie des Soufis pour recevoir la connaissance consiste à s'éloigner de la vie matérielle, et ils restent constamment occupés par l'invocation d'Allah (dhikr allah), dans toutes leurs actions et leur comportement." (Passage extrait de 'Itiqadaat Furaq al-Muslimin) Imam Nawawi (620-676 H.) "Les caractéristiques de la Voie Soufi sont (…) de garder la Présence d'Allah dans le cœur en public ou en privé, de suivre la Sunna du Prophète (S) (…) d'être heureux de ce qu'Allah nous donne." (Phrase tirée du Maqasid at-Tawhid) Imam Ibn Taymiyya (661-728 H.) "…certains ont critiqué les Soufis et le Soufisme en disant qu'ils étaient des innovateurs, en dehors de la Sunna, mais la vérité est qu'ils s'efforcent d'obéir à Allah (…) Parmi eux on trouve les personnes les plus proches [d'Allah] grâce à leurs efforts " (Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11) "les miracles des saints sont absolument vrais et corrects et reconnus par tous les savants Musulmans. Le Coran l'a indiqué en différentes places et les Hadith du Prophète (s) l'ont mentionné et qui nie que le pouvoir miraculeux des saints est innovateur ou disciple d'innovateurs." (Passage extrait de Mukhtasar al-Fatawa al-Masriyya) "Allah Tout-puissant dévoilera à ses saints des états qui n'ont jamais été dévoilé auparavant et Il leur donnera l'appui sans mesure. Si ce saint commence à parler des choses de l'invisible, passé ou présent ou futur, c'est considéré comme Bab Al-cIlm Al-khariq, la connaissance miraculeuse. Tout ce qu'un saint fait qui est de l'invisible, pour les gens ou pour des auditeurs, de guérison ou de connaissance d'enseignement, c'est accepté et nous devons remercier Allah pour cela." (Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11) "Les grands Cheikhs Soufi sont bien connus et acceptés, tels que : Bayazid Al-Bistami, Cheikh Abdoul Qadir Jilani, Junaid ibn Mouhammad, Hasan Foudayl Al-Basri, Al-ibn Al-Ayyad, Ibrahim Bin Al-Adham, Abi Souleyman ad-Daarani, Ma'rouf Al-Karkhi, Siri as-Saqati, Cheikh Hammad, Cheikh Aboul Bayan. (…) Ces grands Soufis était les leaders de l'humanité et ils appelaient à ce qui était juste et interdisait ce qui était mauvais." (Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 10) "J'ai porté le manteau de Soufi d'un certain nombre de cheikhs Soufi, appartenant à des tariqats diverses, parmi eux Abdoul Qadir Al-Jilani, dont la tariqat est la plus grande de celles bien connues, que la miséricorde d'Allah soit sur lui." (Passage cité à partir de al-Mas'ala at-Tabraziyya, transmise par Jamal ad-Din al-Talyani dans son Targhib al-Mutahabbin fi labs Khirqat al-Mutammayyazan) "Il est dit qu'après le Sceau des Prophètes (s), la révélation ne descend pas sur un autre. Pourquoi pas ? En fait elle descend, mais alors ce n'est pas appelé 'la révélation'. C'est ce que le Prophète (s) mentionné quand il a dit, ' le croyant voit avec la Lumière de Dieu. ' Quand le croyant regarde avec la Lumière de Dieu, il voit toutes les choses : le premier et le dernier, le présent et l'absent. Comment quelque chose peut-être caché de la Lumière de Dieu ? Et si quelque chose est cachée, alors ce n'est pas la Lumière de Dieu. Donc la signification de la révélation existe, même s'il n'est pas appelé révélation. (…) ce qui est considéré comme un miracle pour un saint est que parfois le saint pourraient entendre quelque chose que les autres n'entendent pas ou voir quelque chose que les autres ne voient pas, pas lorsqu'il est endormi, mais dans un état réveillé de vision. Il peut connaître des choses que d'autres ne peuvent pas connaître, par la révélation ou l'inspiration." (Passages cités dans Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra) Ibn Khaldun (733-808 H.) "La Voie des Soufis avait toujours été considérée comme celle de la vérité et de la bonne direction, tant par les Compagnons du Prophète que leurs disciples immédiats et par leurs successeurs. Elle repose sur la pratique stricte des exercices de piété, de la dévotion exclusive à Dieu, du renoncement aux vanités du monde (…) Tout cela était courant parmi les Compagnons du Prophète et les premiers musulmans. Ensuite, à partir du VIIIème siècle, le goût pour les biens de ce monde augmenta et les gens se tournèrent davantage vers les jouissances terrestres. C'est alors que l'on appela sûfiyya et mutasawwifa les aspirants à la mystique. (…) Les Soufis se sont donc constitués une science particulière, que les autres docteurs en droit canon ne discutent pas. (…) Aussi, les jurisconsultes sont-ils tantôt en accord et tantôt en désaccord avec le soufisme. Mais les arguments et les preuves ne servent à rien, pour savoir s'il faut accepter ou rejeter celui-ci, car la mystique est affaire (avant tout) d'expérience intime intuitive." (Passages tirés de Al-Muqqadimat, traduit en français sous le titre Discours sur l'Histoire Universelle) Tajuddin as-Subki (727-771 H.) "Qu'Allah les bénisse [les Soufis], qu'Il les recouvre de Sa Paix, et qu'Allah nous accorde d'être avec eux dans Son Paradis. Trop de choses ont été dites à leur propos et trop d'ignorants ont affirmé des choses qui ne peuvent pas leur être reprochées. La vérité est que ces gens [les Soufis] ont renoncé au monde et ne se sont occupés que d'adoration (…) Ils sont le Peuple d'Allah, dont les prières et les supplications sont acceptées et par lesquels Allah aide les êtres humains." (Passages tirés de Mu'id an-Na'am dans le chapitre sur le Soufisme) Jalaluddin as-Suyuti (849-911 H.) "Le Soufisme en lui-même est la meilleure et la plus honorable science. Elle explique comment suivre la Sunna du Prophète (S) et comme rejeter l'innovation." (Passage tiré de Ta'yid al-Haqiqa al-'Aliyya) Ibn Qayyim al-Jawziyyah (691-751 H.) "Nous pouvons nous rendre compte de l'importance qu'avaient les Soufis aux yeux de la première génération de Musulmans grâce à Sufyan ath-Thawri (mort en 161 de l'hégire), un des plus grands imams de la seconde génération et un des plus grands juristes. Il a dit:" Si je n'avais pas connu Abu Hisham as-Sufi (mort en 115), je ne me serais jamais aperçu des formes subtiles de l'hypocrisie de l'Ego. " Parmi les meilleures personnes on trouve le Soufi qui connaît la jurisprudence." (Passage tiré de Manazil as-Sa'irin) Ibn 'Abidin (1198-1252 H.) "Les Chercheurs sur la Voie Soufi n'entendent rien qui ne vienne de la Présence Divine. Et ils n'aiment rien d'autre que Lui. S'ils se rappellent de Lui, ils pleurent, et s'ils Le remercient, ils sont heureux (…) Qu'Allah les bénisse." (Passage tiré de Risa'il Ibn 'Abidin) Mawlana Abul Hassan an-Nadwi (1333-1420 H.) "Ces Soufis ont initié les gens à l'Unicité, à la sincérité dans le suivi de la Sunna du Prophète (S), à se repentir de leurs péchés et à s'éloigner de toutes les désobéissances envers Allah 'Azz wa Jall. Leurs guides les ont encouragés à parvenir jusqu'à l'amour parfait d'Allah 'Azz wa Jall. (…) A Calcutta, chaque jour, plus de 1000 personnes prenaient l'initiation soufie (…) Grâce à l'influence des Soufis, des milliers et des milliers et des centaines de milliers de personnes en Inde ont trouvé leur Seigneur et ont atteint un degré de perfection dans l'Islam." (Passages tirés de Muslims of India) Muhammad 'Abduh (1265-1323 H.) "Le Soufisme apparaît dans le premier siècle de l'Islam et il reçut immense honneur. Il purifiait l'Ego et renforçait la conduite, il apprenait aux gens la connaissance de la Sagesse et les Secrets de la Divine Présence." (Passage tiré de Majallat al-Muslim)
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